“INFORMER N’EST PAS UNE OPTION, C’EST UN REMPART DÉMOCRATIQUE”: quand les médias deviennent victimes des révoltes populistes
Lundi 5 janvier 2026, le siège du journal local montpelliérain Midi Libre a été violemment pris à parti par des flammes, des projectiles et des insultes lancées aux journalistes. Cette attaque a été portée par des ostréiculteurs accusant le journal d’un mauvais traitement médiatique à l’égard d’une crise sanitaire qui touche la vente d'huîtres de l'étang de Thau. Allant jusqu'à des menaces de représailles, cette calomnie rappelle l’importance du rôle de la presse et des enjeux de l'information dans notre démocratie, même lors de la couverture de sujets “déplaisants”.
Photo du siège de Midi Libre le 05/01/2026 - @Adschwyter sur X
«La violence et la stupidité ont franchi un nouveau cap», s’indigne dans un éditorial le directeur de la rédaction de Midi Libre, Olivier Marino, accusant ces ostréiculteurs d'atteinte à la liberté de la presse. En effet, le travail du journal sur le sujet était objectif et neutre, comme l’exige la profession. Questionnant à la fois les défenseurs des éleveurs mais aussi les consommateurs malades des huîtres. Relayer une information d’utilité publique pour une région fait partie des missions d’un journal local, et Midi Libre n’en fait pas l’exception. Il ne s’agit donc pas ici d’une prise de parti ni d'une opinion, «c’est un devoir d’information et de santé publique», a dénoncé Olivier Marino.
Ces faits de violences à l'encontre de médias français et de leurs journalistes font écho à d'autres événements similaires. Rappelant que l'utilité d’informer s’est heurtée à une défiance croissante envers la presse, souvent alimentée par des discours populistes. «Des journalistes agressés par des agriculteurs pro-mégabassines» ou encore «Colère agricole : BFMTV dénonce l'agression de deux journalistes» sont des titres d’articles qui se multiplient ces dernières années. En effet, accusés de mensonge, de partialité ou de manipulation, les médias français deviennent cible symbolique d’une colère sociale qui a tendance à confondre information et opinion. Les téléspectateurs ont ainsi de plus en plus de mal à discerner les médias d’information, qui citent les faits, avec les émissions d’opinion. On peut retrouver ces dernières sur CNews, et elles décident généralement de ne traiter qu’une certaine facette des conflits : par exemple, au cours du mouvement des gilets jaunes, les chroniqueurs mettaient davantage l’accent sur les violences commises plutôt que sur les revendications sociales défendues.
Paris, le 1er mai 2019, mouvement des gilets jaunes – Alfred Yaghobzadeh / ABC
Il est dans les devoirs d’un journaliste de tenir un esprit critique, une véracité, une exactitude, une intégrité, une équité, une impartialité, le tout pour les piliers de l’action journalistique. Ainsi, remettre en question le travail journalistique sous prétexte que l’information relayée ne convient pas à servir certains intérêts ou qu’elle déplaît à une partie de la population, est une dérive dangereuse et menaçante.
La presse, française mais aussi internationale, ne peut remplir son rôle seulement si elle est protégée et respectée dans sa mission première : informer les citoyens de manière libre, rigoureuse et indépendante. Ainsi, bien saisir qu'informer n’est pas une option mais un réel rempart démocratique, est essentiel pour mettre en avant l’urgence de la violence avec laquelle les discours populistes remettent en question le rôle de la presse libre au sein de notre société.
Manon MADAMOUR
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