Quatre ans après le retour des Talibans au pouvoir, où en sont les libertés en Afghanistan ?
Cette semaine, l’Afghanistan a été coupé du monde encore plus qu’il ne l’était déjà : le régime Taliban, au pouvoir depuis 2021, a suspendu de lundi à mercredi la totalité des communications numériques au nom de la “lutte contre le vice” et l’influence des “ennemis de l’Islam”. Une décision qui a eu de lourds impacts, paralysant l’administration et l’économie du pays, en situation de grave crise humanitaire. Quatre ans après la prise de Kaboul par le régime islamiste, l’Afghanistan fait face à une organisation ultraconservatrice de la société et à une répression généralisée des droits humains fondamentaux.
Un combattant taliban montait la garde devant des femmes à Kaboul, le 23 mai 2023. (Ebrahim Noroozi/AP)
Depuis le retour au pouvoir des talibans, la loi islamique est appliquée de façon très stricte dans le pays, la population afghane est régulièrement confrontée à des exécutions publiques ou des lapidations, et de nombreux autres traitements tortionnaires. En première ligne dans le viseur du régime : les femmes. Les hommes au pouvoir mènent une guerre acharnée contre les Afghanes et on constate un appartheid de genre.
Les femmes n’ont plus le droit de chanter, de lire en public, de se déplacer seules, n’ont plus aucun accès à l’éducation ni à des soins dignes de ce nom. Leur corps et leur visage doivent être toujours couverts entièrement et elles sont totalement bannies de l’espace public. Les libertés des femmes rayées par les talibans sont innombrables, et celles qui leur restent, proches de zéro. Un retour en arrière déplorable, qui ne fait que s’aggraver depuis le 15 août 2021, date du retour à Kaboul du régime islamiste.
Selon l’ONU, 80% des femmes sont sans emploi ni formation en Afghanistan, un nombre qui risque d’augmenter si les Talibans réitèrent la coupure d’Internet du début de semaine. En effet, cette suspension nationale du réseau est inédite et a privé les femmes de leur dernier espoir : les cours en ligne. Des médias internationaux avaient recueilli des témoignages de jeunes afghanes avant les trois jours de black out, l’une d’entre elles, inscrite dans une université en ligne, avait affirmé à la BBC qu’Internet constituait sa seule fenêtre vers le monde extérieur et son dernier espoir d'accéder à l’éducation.
Des femmes afghanes vêtues de burqa à Kandahar, le 29 décembre 2024. SANAULLAH SEIAM / AFP
Le régime Taliban ne s’arrête pas là : ce sont les droits de toute la société qui sont bafoués depuis leur prise de pouvoir. Les talibans ont par exemple promulgué des lois qui instaurent une discrimination religieuse, supprimant la liberté de religion et de conviction. Selon l’organisation Rawadari, le régime a privé intentionnellement des groupes religieux ou ethniques d’assistance humanitaire. Concernant les personnes LGBTQIA+, celles-ci sont victimes de détentions arbitraires et les relations entre deux personnes de même sexe passibles de la peine de mort. Les Talibans ont également réprimé la liberté d’expression et par la même occasion, les médias et journalistes, en imposant des restrictions à leurs programmes. En 2025, l’ONG Reporters Sans Frontières a classé l’Afghanistan parmi les cinq pires pays quant à la liberté de la presse, avec une critique du régime interdite et une absence totale de pluralisme. Trois mois après la prise de Kaboul, plus de 12 000 journalistes avaient cessé leur activité et 43% des médias afghans avaient disparu, laissant place à un contrôle idéologique de la société. Les journalistes, opposants au régimes et minorités, soumis à des arrestations et disparitions forcées sont persécutés, torturés, et tués en masse depuis 2021.
Le retour des talibans a plongé l’Afghanistan dans une crise humanitaire profonde et plus de la moitié de la population aurait besoin d’aides humanitaires. Celles-ci se sont pourtant drastiquement réduites, notamment avec l’arrivée de Donald Trump à la présidence des États-Unis et la suspension de l’aide américaine dans le monde. L’OMS affirme que cette situation affecte 1,84 millions de personnes dans le pays.
Ce manque d’aide internationale et l'inefficacité du régime se sont fait ressentir une énième fois fin août, après le passage d’un séisme sur le pays. Malgré les organisations humanitaires déployées sur le terrain, le bilan est très lourd : plus de 2000 morts et des centaines de blessés. Pour cause : le manque d’organisation et la priorité donnée par le régime à la religion sur l’efficacité des secours et l’accès aux soins médicaux.
Une femme et ses enfants, survivants du séisme, attendent les secours dans le village de Wadir, dans l’est de l’Afghanistan, le 2 septembre 2025. NAVA JAMSHIDI/AP
Du côté de la communauté internationale, les positions sont floues. Si de nombreux Etats affirment condamner le régime taliban pour ses oppressions, les principaux pays occidentaux suivent en réalité les encouragements de Nations Unies, qui visent à établir des liens diplomatiques avec les autorités talibanes au nom de la lutte contre le terrorisme et afin de réintégrer le pays au sein de la communauté internationale et de conserver un rôle dans la région.
Début 2025, les Etats-Unis et plusieurs pays européens et scandinaves ont donc renoué des liens avec les Talibans. Cet été, la Russie, qui y voit un intérêt économique, a été le premier pays à reconnaître officiellement le gouvernement des Talibans, renforçant ses liens diplomatiques avec Kaboul. En août, la France a tout de même réaffirmé sa solidarité envers les Afghans et Afghanes et sa détermination à améliorer le sort de la population afghane, selon le Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères.
Romane Legaud
Très bel article..et malheureusement bien triste quant aux privations de libertés subies par les femmes par ce régime......
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